ZOOM SUR…..L’AMPHITHEATRE DES 3 GAULES

ZOOM SUR…..L’AMPHITHEATRE DES 3 GAULES

Il y a quelques temps, nous avions commencé une série “Zoom sur” pour vous faire découvrir l’un des bâtiments historiques ou marquant de la ville de Lyon. Nous reprenons la série en vous présentant l’AMPHITHEATRE DES 3 GAULES.

 

Cet article a été créé grâce à la compilation de plusieurs sources réunies depuis mes études de guide conférencière.

Commençons par quelques repères

Où se trouve-t-il?

Sur les pentes de la Croix-Rousse

Croix Rousse plan amphitheatre des 3 Gaules Lugdunum

C’est quoi un amphithéâtre?

Apparus au cours du Ier siècle avant notre ère, les amphithéâtres, de forme ovale, sont des espaces essentiellement dédiés aux loisirs des peuples de l’Empire romain.  Ils pouvaient y assister aux célèbres combats de gladiateurs, à des chasses et parfois même à des combats navals. Le plus célèbre des amphithéâtres reste le Colisée de Rome, construit par l’empereur Vespasien.

Pourquoi celui de Lyon s’appelle “des 3 Gaules”?

À Lugdunum (nom de Lyon à l’époque antique), la population se rendait à l’amphithéâtre pour assister aux jeux, souvent offerts par les édiles. Mais l’amphithéâtre avait aussi une toute autre fonction: il accueillait les représentants du conseil des Gaules réunis chaque été. Surplombant le bourg gaulois de Condate, l’amphithéâtre symbolisait ainsi l’allégeance des tribus gauloises envers Rome.

La Construction de l’Amphithéâtre des 3 Gaules

L’amphithéâtre des Trois Gaules faisait partie d’un ensemble bien plus vaste, nommé “le sanctuaire fédéral des Trois Gaules” qui occupait une bonne partie des pentes de la Croix-Rousse comme vous pouvez le constater sur la reconstitution de Jean-Claude Golvin ci-dessous. Cet amphithéâtre se situait sur les pentes de la colline de la Croix Rousse au bas de laquelle se trouvait alors le confluent du Rhône et de la Saône.

Cet amphithéâtre, dont aujourd’hui il ne reste que des ruines, a été construit en 2 phases.

Le premier amphithéâtre – an 19

Construit grâce à Caïus Julius Rufus

C’est vers 19 de notre ère que ce premier amphithéâtre fut élevé, ce qui en fait le plus ancien des Gaules. L’un des éléments principaux qui permet aujourd’hui de l’affirmer est la découverte, en 1958, d’une inscription dédicatoire sur le site.

Ce texte nous apprend que Tibère César Auguste et le sacerdos (grand prêtre de Rome et d’Auguste) Caius Julius Rufus, originaire de Saintes, ont fait construire à leurs frais un amphithéâtre avec son podium.

Présentation physique

Installé sur la colline, à mi- pente, l’amphithéâtre bénéficiait d’une visibilité certaine, notamment depuis la colline de Fourvière, centre de la vie de Lugdunum.

Dans cette première version, l’amphithéâtre pouvait accueillir 2.000 spectateurs. Son arène, ovale, était de petites dimensions: 67m par 42m. Il disposait également d’une tribune et de petits gradins sur lesquels les représentants des Gaules pouvaient installer leurs fauteuils.

les rues de lyon croix-rousse lugdunum

Source: Les Rues de Lyon n°57

L’agrandissement de l’amphithéâtre – II° siècle

C’est vraisemblablement au II° siècle, sous l’empereur Hadrien, que l’amphithéâtre connut une campagne d’agrandissement afin de pouvoir accueillir une population toujours grandissante. Cet agrandissement est porté à l’actif de Caius Julius Celsus, procurateur de Lyonnaise et d’Aquitaine.

Dans ce second état, fort de deux nouvelles galeries, l’amphithéâtre pouvait recevoir plus de 20.000 personnes. Il devient alors le plus grand amphithéâtre de Gaule mesurant 143m sur 117m! Le podium massif d’origine fut entouré d’une couronne composée de murs rayonnants et de voûtes, supportant des gradins d’une pente beaucoup plus accentuée que ceux du premier état.

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Source: Les Rues de Lyon n°57

Le martyr des Chrétiens

Parmi les événements marquants qui se déroulèrent dans cet amphithéâtre, le martyr des Chrétiens de 177 tient une bonne place. Au printemps de cette année-là, la minorité chrétienne lyonnaise commence à être inquiétée. Brutalisés par la population, certains de ses membres comparurent devant les autorités municipales et provinciales, avant que le gouverneur n’ordonne des arrestations.

Ayant sollicité l’avis impérial qui recommanda de libérer ceux qui se rétracteraient et d’exécuter les obstinés, le gouverneur procéda à de nouveaux interrogatoires puis condamna les chrétiens à des peines diverses en fonction de leur statut : décapitation pour les citoyens, envoi aux bêtes pour les autres (dont le diacre de Vienne, Sanctus). Pothin, chef de la communauté et premier évêque de Lyon, mourut des violences subies.

Ceux envoyés aux bêtes furent suppliciés dans l’amphithéâtre des Trois Gaules au moment de la réunion annuelle des représentants des Gaules, début août. Parmi eux se trouvaient le jeune Pontique et l’esclave Blandine, qui fit face à la mort avec obstination. Son martyr est ainsi épique: livrée aux bêtes qui refusèrent de la toucher, torturée, flagellée, placée sur un grill brûlant, livrée dans un filet à un taureau, elle fut finalement achevée par un soldat.

Selon Grégoire de Tours, la flambée de violence, fit, au total, 48 martyrs, parmi lesquels 22 furent décapités, 19 morts en détention et 6 suppliciés dans l’arène. Pour autant, cette persécution ne mit pas un terme à la présence des chrétiens à Lyon.

Ces faits sont aussi relatés dans un texte célèbre – la lettre des chrétiens de Vienne et de Lyon à leurs frères d’Asie et de Phrygie.

Le déclin

Si pendant deux siècles, la colline de la Croix-Rousse, au travers de l’amphithéâtre et du sanctuaire fédéral des Trois Gaules  joue un rôle de premier plan, elle va, petit à petit perdre de l’importance. Ce déclin peut être attribué à plusieurs facteurs et notamment diverses épreuves subies par Lyon dès la fin du IIe siècle : pillages et incendies par les armées de Septime Sévère (197), puis par les barbares Alamans (274 et 280) et autres envahisseurs déferlant sur la région jusque au V° siècle.

Inutilisé depuis la fin du IIIème  siècle, le site est peu à peu recouvert de vignes et de jardins. Au Moyen-âge, l’amphithéâtre disparait progressivement, servant de carrière pour la construction des nouveaux monuments, notamment au XIVème siècle pour la construction de plusieurs monastères sur les pentes.

L’amphithéâtre tombe dans l’oubli et la trace des vestiges romains disparait.

La Redécouverte du Site

Des vestiges mis au jour pour le Jardin des plantes

A la fin du XVIIIe siècle, l’amphithéâtre avait disparu en surface Le terrain avait été totalement remblayé sur plusieurs mètres afin d’implanter le Jardin Botanique (actuellement au Parc de la Tête d’Or). Des assises de piliers sont mises au jour. François Artaud, dessinateur et archéologue, demande alors l’autorisation de réaliser des fouilles.

Ces premières fouilles auront lieu  entre 1818 et 1820 et révèlent le pourtour de l’arène. Artaud découvre aussi des plaques de calcaire gravées aux initiales des tribus gauloises, ainsi qu’un canal de ruissellement d’un mètre de profondeur, bordant l’arène. Il en conclue donc que l’amphithéâtre pouvait être une naumachie, ce qui aujourd’hui est démenti.

Mais le financement venant à manquer, tout est arrêté et recouvert en 1820.

Le XIX° – les destructions continuent

Deux réservoirs, creusés sur le site par la Compagnie des Eaux en 1834 et en 1854, marquent le début des destructions modernes. En 1857-1858, le prolongement de la rue Burdeau amène à raser les vestiges de la partie méridionale du monument ; en 1859 commence la construction de la gare du funiculaire, dont la tranchée-tunnel, creusée en 1860, détruit les fondations de la partie orientale de l’édifice.

A cette époque-là, les travaux sont suivis par l’archéologue Martin-Daussigny et l’architecte Chenavard qui réalisent le plus précisément possible des dessins et des croquis de tous les éléments antiques avant construction des infrastructures modernes

1953 – Relance des fouilles

C’est en 1953, lors des travaux de terrassement de l’École nationale des Beaux Arts, que sont mis à jour des murs gallo-romains. Cette découverte relance les fouilles en 1956  sous la direction des archéologues Amable Audin et Julien Guey avec l’appui de Louis Pradel, maire de Lyon, qui font connaitre l’histoire antique du site à tous les Lyonnais.

À la suite de la découverte de la plaque dédicatoire (voir plus haut), Audin est autorisé à continuer à mettre à jour l’amphithéâtre. Le réservoir d’eau de 1854 est détruit. Le dégagement des vestiges fut aussi complet que possible dans un périmètre limité au Nord par la rue des Tables Claudiennes, au Sud par la rue L. Sportisse et à l’Est par la tranchée du chemin de fer de la Croix-Rousse.

Mais en ce qui concerne la restauration, Audin a sans doute été un peu trop expéditif : il a remplacé le mortier ancien et friable par une couche de béton. Il a ajouté un moulage de quelques blocs de gradins et d’une partie du mur qui entourait l’arène afin que les visiteurs puissent s’imagier les lieux. Cependant, aujourd’hui, aucune étude architecturale n’est plus possible sous cette chape de béton.

Les fouilles ont cessés depuis la fin des années 1970, mais les vestiges de l’amphithéâtre n’ont pas fini de dévoilé tous leurs secrets…

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